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22 janv. 2014

Etude Séralini ... Monsanto pose ses pions de défense ! Ne soyons pas dupe !

Retrait étude Séralini : Monsanto cible le coeur de la science Independent Science News | Food, Health and Agriculture Bioscience News par Claire Robinson et Jonathan Latham, PhD, mai 2013

(...) Les rédacteurs en chef de revue ont beaucoup de pouvoir dans le monde de la science – un pouvoir qui porte avec lui des occasions d’abus. L’industrie des sciences de la vie le sait bien, et a œuvré pour accroître de plus en plus son influence et son contrôle sur l’édition scientifique. Cette stratégie, parfois poursuivie avec la coopération active des éditeurs, est efficace et flagrante. (...)

Passons rapidement à 2012, lorsque la revue scientifique Food and Chemical Toxicology (Food and Chemical Toxicology) a publié une étude causant un scandale international (Séralini et al., 2012). L’étude, menée par le Pr. Gilles-Éric Séralini de l’Université de Caen, suggérait qu’un maïs Monsanto génétiquement modifié (GM), et l’herbicide Roundup avec lequel il était cultivé posaient de sérieux risques pour la santé. Cette étude alimentaire de deux ans avait découvert que les rats nourris souffraient de lésions sévères au foie et rein, d’un accroissement de leur taux de tumeurs et d’une mort prématurée. L’herbicide (Roundup) et le maïs GM étaient tous deux des produits Monsanto. Corinne Lepage, ancienne ministre française de l’environnement, avait qualifié l’étude de « Bombe ». Par la suite une campagne orchestrée a été lancée pour discréditer l’étude dans les médias et persuader la revue de se rétracter. Beaucoup de ceux qui avaient écrit des lettres de critiques au Food and Chemical Toxicology (appartenant à Elsevier) avaient des conflits d’intérêt avec l’industrie des biotechnologies et ses groupes de lobbying, mais ces conflits ne furent pas divulgués. 

La revue ne s’est pas rétractée, mais quelques mois après, début 2013, elle a accueilli un nouveau « rédacteur en chef associé », pour les biotechnologies, Richard E. Goodman. Il s’agissait d’un nouveau poste, apparemment créé spécialement pour Goodman à la suite de « l’affaire Séralini ».
Richard E. Goodman est professeur spécialiste des allergies alimentaires au Food Allergy Research and Resource program de l’Université du Nebraska. Mais il est également ex-employé de Monsanto, où il a travaillé entre 1997 et 2004. Lors de son séjour chez Monsanto il a évalué le caractère allergène des semences transgéniques de l’entreprise, et publié pour le compte de l’entreprise des articles sur le risque allergène et les problèmes de sécurité relatifs aux produits alimentaires GM (Goodman and Leach, 2004).

Jusqu’à février 2013, il n’y avait aucune trace de relation entre Goodman et la revue. Sa désignation extrêmement rapide, directement au niveau du bureau éditorial principal, pose des questions importantes. Monsanto décide-t-elle désormais des articles qui seront publiés ou non sur les biotechnologies à la Food and Chemical Toxicology ? Et cela fait-il partie d’une tentative par Monsanto et l’industrie des sciences de la vie de prendre le contrôle du monde scientifique ?

Faire un amalgame entre une seule revue et l’ensemble de « la science » peut sembler exagéré. Cependant la publication contrôlée par les pairs dans l’esprit de la plupart des chercheurs fait bien autorité en science. Une fois qu’un article est publié dans une revue académique, il est intégré dans le corpus des savoirs orthodoxes, où il rejoint la découverte de la tectonique des plaques et la structure de l’ADN. Toute autre recherche, peu importe qu’elle soit novatrice ou exacte, n’est pas considérée. Comme l’a formulé avec mordant un chercheur à propos des données de sécurité sous « secret commercial » formant la base du processus d’homologation des produits chimiques et aliments génétiquement modifiés : « Si ce n’est pas publié, ça n’existe pas ».

Les liens de Goodman avec l’ILSI
Les affiliations avec l’industrie du nouveau vigile de la Food and Chemical Toxicology pour les articles concernant les biotechnologies ne se limitent pas à son emploi direct chez Monsanto. Goodman est activement et régulièrement impliqué dans les activités de l’International Life Science Institute (ILSI). L’ILSI est financé par les entreprises multinationales GM et agrochimiques, y compris Monsanto. Il développe des méthodes d’évaluations des risques complaisantes à l’égard de l’industrie visant les aliments GM et contaminants chimiques alimentaires, et les insère dans les règlementations gouvernementales. L’ILSI se présente comme un organisme à but non lucratif, mais son infiltration des agences de réglementation est devenue hautement controversée en Amérique du Nord et en Europe. En 2005, des associations et des syndicats américains ont écrit à l’Organisation mondiale de la santé (OMS) afin de protester contre l’influence de l’ILSI sur les standards sanitaires internationaux régissant l’alimentation et l’eau potable. En conséquence, l’OMS a interdit à l’ILSI de participer à ses activités concernant la définition des standards sanitaires, en raison de ses sources de financement. Et en Europe en 2012, Diana Batani, alors présidente du conseil d’administration de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), a dû démissionner en raison de son implication de longue date non déclarée dans les activités de l’ILSI (Robinson et al., 2013).
La nomination de Goodman à Food and Chemical Toxicology est également surprenante par le fait que cette revue possède déjà une expertise en sécurité des aliments GM. L’un des quatre rédacteurs en chef, José L. Domingo est professeur de toxicologie et de santé environnementale, et auteur de deux études exhaustives sur la sécurité des aliments GM (Domingo, 2007 ; Domingo and Bordonaba, 2011). Ces deux études ont été sceptiques sur la thèse de la sécurité des OGM. Donc, si la raison pour laquelle la Food and Chemical Toxicology a besoin d’un « rédacteur en chef associé pour les biotechnologies » est loin d’être claire, on voit par contre parfaitement bien pourquoi Monsanto aurait intérêt à s’assurer que « l’affaire Séralini » ne se répète jamais. (...)

Ces exemples montrent que la menace pesant sur l’édition scientifique de la part de l’industrie est bien réelle. Les opportunités de publication de vues critiques dont disposent les chercheurs sont rares. Cela est particulièrement vrai pour les revues très prisées que les médias consultent, et qui donc influencent l’opinion publique. 

Tout aussi problématique est le fait que peu d’institutions scientifiques soutiennent les chercheurs dont les découvertes contredisent les positions de l’industrie, comme Chapela l’a constaté lorsque l’université de Californie à Berkeley a tenté de lui refuser un poste suite à son étude controversée sur le maïs GM. De même pour les sources de financement, qui ont encore plus tendance à se faire rares pour ces chercheurs. 
Par conséquent la plupart des financements pour la recherche en biosécurité se retrouve chez les chercheurs liés à l’industrie: Cela affecte directement la qualité de la science produite. Une étude récente sur la littérature scientifique a montré que la plupart des articles concluant que la nourriture provenant d’OGM égalait la normale étaient rédigés par les entreprises productrices d’OGM ou leurs associés (Domingo and Bordonaba, 2011). Ce n’est pas une coïncidence si la Norvège, un pays exempt de lobby agro-industriel, accueille l’unique institut sous financement public du monde, avec la mission de mener des recherches sur les conséquences environnementales, sanitaires et sociales de l’ingénierie génétique.

Il existe en principe des moyens, au sein du système existant, de mitiger ou neutraliser l’influence de l’industrie sur la possibilité des scientifiques à publier des études indépendantes et critiques. Le premier de ces moyens est la transparence de l’édition. Les rédacteurs en chef de revues doivent adopter les recommandations du COPE (Committee on Publication Ethics) et divulguer la totalité des conflits d’intérêt parmi le personnel et les responsables de publication. Toujours en accord avec ces recommandations, les pairs réviseurs devraient être sélectionnés de façon à éviter les conflits d’intérêt. Si cela se révèle impossible, en raison du nombre de brevets et recherches financés par l’industrie, alors il convient de prendre soin de sélectionner un panel équilibré représentant une pluralité de points de vue. La revue Food and Chemical Toxicology est membre du COPE, mais ne publie pas d’informations sur les conflits d’intérêt des responsables de publication, et sa désignation de Goodman en remplacement de Domingo montre qu’elle ne cherche pas à les éviter. Il pourrait bien être nécessaire de repenser de façon critique l’ensemble du concept de révision par les pairs. (...) 

L’objectif est de permettre aux praticiens médicaux de prendre des décisions cliniques bien informées. Les critères de révision sont établis à l’avance de manière transparente, laissant moins de place aux révisions tendancieuses. Si des désaccords surviennent, il est facile d’en identifier le motif puis de résoudre le problème. Cochrane met également en oeuvre des règles de prévention des conflits d’intérêt parmi les réviseurs et le conseil de rédaction. L’approche Cochrane est largement respectée, et les leçons que la médecine basée sur les preuves a tiré à propos des conflits d’intérêt et la résistance aux pressions de l’industrie se trouvent aujourd’hui appliquées dans d’autres domaines, tels que l’exposition aux dangers environnementaux (Woodruff et al., 2011). Il n’existe aucune raison pour laquelle les revues scientifiques, y compris celles publiant des recherches sur les semences OGM, ne pourraient pas utiliser des méthodes similaires pour évaluer les articles, de façon à ce que moins de discrétion soit accordée aux experts montrant des conflits d’intérêt. L’application de tels principes suppose un fort soutien de la part de la communauté scientifique en faveur d’une science indépendante. Cependant il se pourrait qu’un tel soutien n’existe pas en-dehors de la recherche médicale.

(...) De ce fait, la direction de Food and Chemical Toxicology a outrepassé en interne les principes traditionnels appartenant à la culture de l’édition scientifique. Simultanément, deux autres revues académiques majeures ont servi de plates-formes à leurs rédacteurs en chef pour perpétrer des abus non fondés et non scientifiques sans que cela ait une répercussion quelconque sur leur carrière. Marshall demeure aujourd’hui responsable de publication chez Nature Biotechnology. Le fait que les rédacteurs en chef de revues ne soient nullement sanctionnés pour un tel comportement suggère que la recherche indépendante chez les scientifiques n’a pas encore gagné toute son importance et que le principe de responsabilité dans le monde de l’édition scientifique peine à exister.
Il semble improbable que les revues scientifiques s’attaqueront de leur propre chef aux carences trouvées chez Food and Chemical Toxicology et ailleurs. Cela impliquerait de se confronter au problème fondamental qui est que la science académique aujourd’hui gagne largement sa vie en exploitant les conflits d’intérêt. Les universités offrent des consultations « indépendantes » aux gouvernements tout en acceptant de l’argent d’entreprises pour la « recherche ». Les entreprises distribuent cet argent aux universités, non pour la connaissance qu’il permettra de produire, mais plutôt en tant que rétribution de l’influence qu’il permettra d’acheter. (...)

Si aucune réforme radicale n’est engagée, la publication révisée par les pairs, que beaucoup considèrent comme la caractéristique fondamentale de la science, aura subi une inversion remarquable. Depuis ses origines en tant que garantie de qualité et d’indépendance, elle sera devenue un outil d’imposition d’une vision, celle de la science d’entreprise, parvenue à un contrôle total. Richard Goodman, le nouveau rédacteur en chef associé de la revue Food and Chemical Toxicology pour les biotechnologies, possède à présent le pouvoir de ne jeter du haut des escaliers que les articles estampillés « approuvé par l’industrie ».

Traduction de l’anglais de Nadia Collot
Article provenant du Independent Science News | Food, Health and Agriculture Bioscience News : http://splashurl.com/nmo4t33 // Url de l’article 

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